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IA : six pays d'Afrique francophone se dotent de règles communes

Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali et Sénégal partagent des lignes directrices sur l'IA. Ce qu'elles disent, ce qu'elles changent pour vous.

Six piliers sous une poutre commune, un texte de règles et une puce d'intelligence artificielle.

Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali et le Sénégal ont désormais un texte commun sur l’intelligence artificielle : des « Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable en Afrique francophone ». Présenté le 6 juillet 2026 en marge du premier Dialogue mondial des Nations unies sur la gouvernance de l’IA, puis remis à l’ONU comme contribution écrite, il revient dans l’actualité ce mois-ci. Que contient-il, et faut-il s’en préoccuper quand on dirige une PME, une ONG ou un cabinet ?

D’où vient ce texte

Le travail a été piloté par le ministère burkinabè de la Transition digitale, avec l’appui de Niyel, une agence de plaidoyer basée à Dakar. Il a réuni des chercheurs, des experts techniques et des responsables des administrations numériques des six pays, notamment lors d’un atelier régional à Ouagadougou fin octobre 2024. Le financement vient du programme AI4D, soutenu par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI, Canada).

Le texte s’inscrit dans la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA (2021) et dans la Stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA (2024).

Ce qu’il dit

Le cœur du document tient en quelques principes :

  • Transparence et explicabilité : une décision prise ou préparée par une IA doit pouvoir être expliquée à la personne concernée.
  • Responsabilité : il y a toujours un responsable identifié, et ce n’est pas la machine.
  • Droits fondamentaux, inclusion et non-discrimination : les biais des algorithmes doivent être corrigés, y compris ceux qui pénalisent les langues africaines.
  • Protection des données : anonymisation, audits de sécurité, certification des hébergeurs.
  • Souveraineté numérique : former des compétences locales et développer des solutions d’IA conçues dans la région, hébergées si possible dans des centres de données souverains.

Il recommande aussi aux États de créer des autorités de régulation indépendantes, des comités d’éthique, des lois par secteur (santé, éducation, justice, sécurité), des clauses éthiques dans les marchés publics et des « bacs à sable réglementaires » pour tester des solutions avant de les encadrer. À l’échelle du continent, il propose un Conseil africain de l’IA et un indice africain de maturité éthique pour comparer les pays.

Ce qu’il n’est pas

C’est le point le plus important : ce texte n’est pas une loi. Il ne crée aucune obligation par lui-même, ne prévoit ni sanction ni autorité régionale de contrôle. Chaque pays reste libre de l’adopter, de l’adapter ou de l’ignorer. Le Conseil africain de l’IA et l’indice de maturité sont des propositions, pas des institutions en fonctionnement.

Les États avancent d’ailleurs à des rythmes différents : le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont adopté une stratégie nationale sur l’IA, le Burkina Faso est en train d’élaborer la sienne, le Bénin, le Mali et la Guinée la renforcent.

Ce que cela change pour votre organisation

Aujourd’hui, rien d’obligatoire. Mais ce texte montre la direction que prendront les futures lois : transparence, protection des données, responsabilité humaine. Et une partie de ces exigences existe déjà. La plupart des pays de la zone ont une loi sur la protection des données personnelles (le Sénégal depuis 2008, la Côte d’Ivoire depuis 2013, le Togo depuis 2019, par exemple). Ces lois s’appliquent dès qu’un outil d’IA traite des données de clients, de bénéficiaires ou de salariés.

Quelques réflexes simples, qui vous mettront en avance plutôt qu’en retard :

  1. Faites l’inventaire. Quels outils d’IA vos équipes utilisent-elles, pour quoi faire, avec quelles données ? Bien souvent, personne ne le sait vraiment.
  2. Ne collez pas de données personnelles dans un assistant en ligne. Une liste de salariés, un fichier clients ou des dossiers de bénéficiaires n’ont rien à faire dans un outil dont vous ignorez où il stocke ce qu’il reçoit.
  3. Gardez un humain dans les décisions qui touchent des personnes. Recrutement, octroi d’une aide, relance d’un client : l’IA peut préparer, une personne décide, et doit pouvoir expliquer pourquoi.
  4. Demandez à vos fournisseurs où sont vos données. Hébergement, sous-traitants, durée de conservation : ce sont des questions légitimes, et les réponses devraient être écrites.
  5. Suivez la stratégie nationale de votre pays. C’est là que les obligations apparaîtront en premier, souvent par secteur.

En résumé

Six pays parlent désormais le même langage sur l’IA. C’est une bonne nouvelle : les entreprises qui travaillent dans plusieurs pays de la zone auront, à terme, des règles plus proches les unes des autres. Mais il reste du chemin entre des lignes directrices et des lois appliquées. En attendant, les principes qu’elles posent relèvent surtout du bon sens : savoir quelles données on confie à quel outil, et qui reste responsable de la décision.

Sources : SenePlus (10 octobre 2026), Tech-Connect (3 août 2026).

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